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Accueil >> FLASH INFORMATIONS >> Flash Information - Octobre 2017
Dernière mise à jour : 13/10/2017

Avis du Comité économique et social européen sur l'impact de la révolution numérique en matière de santé sur l'assurance maladie






 





La santé numérique, c’est pour demain. Il s’agira d’un tournant majeur dans nos systèmes de soins de santé et, en principe, d’un changement positif, à condition d’opérer quelques choix politiques fondamentaux au niveau européen avant qu’il ne soit trop tard. Telle est la principale conclusion de l’avis d’initiative intitulé «Impact de la révolution numérique en matière de santé sur l’assurance maladie», que le Comité économique et social européen (CESE) a adopté le 21 septembre.

La révolution numérique va radicalement modifier la manière de fournir les soins de santé dans les prochaines années: on passera d’un système curatif à une médecine participative, préventive, personnalisée et même prédictive, ou la «santé des 4 P». La technologie se déploiera dans l’ensemble du secteur et changera le mode de fonctionnement de tous ses acteurs: les professionnels de la santé, l’industrie pharmaceutique, les hôpitaux, les centres de recherche médicale, les compagnies d’assurance santé (telles que les mutuelles) et, bien entendu, les citoyens.

Dans cinq à dix ans, les diagnostics seront effectués par des machines, ce qui permettra aux médecins de se centrer sur la relation avec leurs patients. Les citoyens seront de plus en plus maîtres de leur santé, en s’aidant d’une multitude d’applications et de dispositifs qui leur fourniront des informations sur leur état. Grâce au décryptage du génome et à d’autres grandes avancées scientifiques, ils prendront conscience de leurs risques génétiques et pourront adapter leur mode de vie en conséquence.

Ce ne sont là, en principe, que de bonnes nouvelles. Pourtant, certaines menaces pourraient se cacher derrière cette révolution, principalement le risque qu’elle puisse accentuer les différences sociales et creuser la fracture numérique entre ceux qui ont accès à la santé numérique et ceux qui n’en bénéficient pas. C’est pourquoi il est indispensable d’agir aujourd’hui pour donner forme aux systèmes de soins de santé de demain. «La solidarité est la pierre angulaire des systèmes européens de soins de santé, que ce soit dans les anciens ou dans les nouveaux États membres. La santé doit continuer d’être considérée comme un bien commun, dont jouissent tous les citoyens», a déclaré le rapporteur de l’avis, Alain Coheur, directeur des affaires européennes et internationales de l’Union nationale des mutualités socialistes de Belgique. «Il importe que nous conservions nos services de santé nationaux, chose qui ne sera possible que si nous exploitons la technologie numérique pour activer nos droits fondamentaux, à savoir le droit à l’information et le droit aux soins de santé, qui sont les clés de nos systèmes de sécurité sociale.» Les systèmes européens de soins de santé actuels sont basés sur la mutualisation des risques et sur le fait qu’il est pour l’heure impossible de prévoir si un risque va se concrétiser ou non. Les personnes paient en fonction de leurs moyens et reçoivent en fonction de leurs besoins. C’est particulièrement le cas dans les systèmes de soins de santé publics.

Demain, tout cela pourrait toutefois changer, en particulier dans le cadre de l’assurance privée, qui repose sur la sélection des risques. En recourant à la médecine prédictive, les compagnies d’assurance à visée lucrative pourraient vouloir personnaliser le profil de risque d’une personne, par exemple en s’appuyant sur la probabilité qu’elle développe un cancer dans les cinq à dix années suivantes. «C’est la raison pour laquelle nous devons nous demander quel type de système de santé nous souhaitons avoir en Europe demain», a fait valoir le rapporteur. «Voulons-nous une égalité d’accès pour tous les citoyens européens ou allons-nous suivre la voie empruntée par les États-Unis, où le marché est dominé par l’assurance et où, après deux maladies, une personne n’est plus couverte? Si nous ne voulons pas de ce modèle, nous devons le dire clairement, car c’est ce qui pourrait se produire avec la numérisation.» M. Coheur a également mis en garde contre le danger lié à une trop grande responsabilisation des patients du fait de la révolution numérique: au vu du volume d’informations disponibles, ils risquent de devenir entièrement responsables de leur propre santé. «C’est peut-être un objectif valable, mais nous ne sommes certainement pas capables de contrôler tous les éléments qui ont une incidence sur notre santé. Nous pouvons faire des choix de vie personnels, mais il existe également de nombreux facteurs externes sur lesquels nous n’avons aucune emprise, comme l’utilisation de pesticides dans l’agriculture ou l’exposition à la pollution atmosphérique», a souligné le rapporteur. Enfin, une autre question essentielle que l’UE doit aborder, selon le CESE, est la protection des données personnelles relatives à la santé. Le partage des données d’un patient avec et entre des professionnels de la santé peut contribuer à améliorer le traitement. Néanmoins, pour pouvoir partager leurs données en matière de santé, les citoyens doivent avoir une bonne compréhension de ce processus et être en mesure de donner leur consentement éclairé aux professionnels de la santé en vue de l’utilisation des données. Ce consentement éclairé est indispensable, mais la manière dont les données en matière de soins de santé peuvent être utilisées reste encore très vague. Il existe aussi des «disrupteurs» du numérique, tels que les GAFAMA, qui récoltent et traitent désormais des données sur les comportements individuels (exploration de données). «Tous ces grands acteurs du numérique sont basés en dehors de l’Europe, donc nous devons garantir notre capacité de protéger la souveraineté des États membres, mais aussi les systèmes de soins de santé. Malheureusement, en Europe, nous sommes à ce jour incapables de faire face à ces défis numériques. L’Europe a un rôle essentiel à jouer dans la mise en place d’un cadre réglementaire à cet effet.» C'est à l’Europe également qu’il revient de fournir les moyens pour relever ce défi. «Comme dans les cas d’Airbus et de Galileo, nous devons octroyer des ressources à la santé et à la numérisation au niveau européen. Même les grands pays comme la France et l’Allemagne ne sont pas en mesure d’affronter seuls la question de la numérisation. Si on observe les États-Unis ou la Chine, on s’aperçoit que de telles ressources n’existent plus au niveau des États membres. La réponse doit venir de l’Europe, afin qu’un véritable plan global en matière de santé et de numérique puisse être établi», a conclu M. Coheur.

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